Situation désastreuse du livre en Algérie : Amine Zaoui fait son « j’accuse »

 la Bibliothèque nationale d’Algérie, lors d’un café littéraire consacré à ce sujet, ce fut l’occasion de faire une fois de plus des constats amers, on s’en doutait, sur la situation du livre et de la lecture dans notre pays.Pour Amine Zaoui, le directeur de cette institution, ce fut un parfait « j’accuse », un sérieux plaidoyer et beaucoup de désillusions, puisque la situation n’évolue que très lentement. D’abord, les bibliothèques. « On ne peut faire évoluer le livre sans les bibliothèques », commence Amine Zaoui avant de rappeler les chiffres qui dérangent toujours : « Dans les années 1970, le pays comptait plus de 600 bibliothèques municipales. Ce patrimoine n’existe plus. » Il souligne la nécessité d’un retour vers ce concept pour recréer une toile de bibliothèques. Concept déjà mis en route par le ministère de la Culture et celui de l’Intérieur.

Puis, l’école. « Le ministère de l’Education doit assumer son rôle et trouver une solution à la situation catastrophique qui prévaut dans les établissements scolaires. Les bibliothèques sont rares et celles qui existent contiennent des fonds dangereux, liés à une conjoncture politique passée », précise Amine Zaoui, en faisant certainement référence à la décennie passée et à la montée de l’islamisme extrémiste. Autre point soulevé, celui du lecteur qui arrive à la bibliothèque ou à la librairie par pur hasard, le réflexe de se rendre dans ces lieux par une volonté exprimée semble tarder à reprendre le relais. « Il n’y a aucun statut pour la bibliothèque, ni aucune législation et un personnel peu qualifié dans les bibliothèques universitaires », souligne Amine Zaoui qui s’insurge contre l’environnement général qui ne respecte pas ces institutions.

« La bibliothèque doit impérativement retrouver sa place dans la société civile. Il n’y a pas de manque financier ou matériel, c’est un problème de gestion. Parce qu’il faut une équipe spécialisée pour faire une bonne bibliothèque et, tout compte fait, pour faire un bon lecteur », soutient-il. Cependant, dans cet état de choses des plus déprimants, il reste encore quelques points positifs qui permettent de garder espoir. Amine Zaoui rappelle qu’il est toujours à l’ordre du jour d’aménager 32 annexes de la BNA d’ici 2008. Lesquelles annexes seront reliées par réseau intranet pour faciliter les échanges, notamment ceux des fonds et des collections. Aussi, le dépôt légal tend à redevenir une pratique traditionnelle pour les éditeurs, ils sont aujourd’hui 80% à respecter systématiquement ce procédé. Bref, tout n’est pas totalement perdu.

Quoi que du côté du syndicat des libraires, représentés par Fatiha Soual, l’anarchie règne en maître des lieux. C’est qu’il y a peu de données fiables, et quasiment pas de statistiques pour permettre une identification précise de la situation du livre et celle de la demande en matière du livre, tant sur le point quantitatif que qualitatif. Il est donc difficile de répondre à certaines questions banales, à savoir quelle est la place du livre dans notre société ? Quels sont les profils des lecteurs ? Comment évolue le marché du livre ?…

Alors qu’on est sûr de l’existence de ce marché, il est impossible de dire dans quelle proportion, explique la présidente du syndicat des libraires. Cette dernière explique que les choses n’évoluent pas beaucoup. Dans la centaine de vraies librairies qui existent à travers le territoire, l’approvisionnement se fait toujours au gré des importateurs et des éditeurs. Que cet approvisionnement n’étant pas régulier, le lecteur reste tributaire des pénuries et de la disponibilité des ouvrages. Par ailleurs, le marché des livres scolaires et celui des appels d’offres, échappant aux librairies, bloque tout particulièrement leur développement. Sans compter l’éternel problème des prix élevés des livres, lié aux droits et aux taxes qui concernent autant l’édition que l’importation. Mais là encore, il n’y a pas que le côté sombre.

Bonnes nouvelles, selon Fatiha Soual, le livre se porte bien, puisque le lectorat existe bel et bien et qu’il y a une véritable demande et un intérêt croissant. Aussi, la réouverture des bibliothèques communales et celui d’une bibliothèque par école n’est plus qu’une question de temps. Idem pour l’avant-projet de loi sur le livre que prépare le ministère de tutelle qui s’est déjà concerté avec les parties concernées.

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