Des intellectuels africains en colère

 

Des intellectuels africains en colère dans Livres/nouvautés v_6_ill_1016607_l« L’Afrique répond à Sarkozy. Contre le discours de Dakar » dirigé par Makhily Gassama. Ed. Philippe Rey, 480 pages

Séculaire, l’histoire d’amour ambiguë que vivent la France et l’Afrique ne date pas de l’élection de Nicolas Sarkozy. Mais il a suffi d’un discours, prononcé à Dakar le 26 juillet 2007, pour que le nouveau président de la République réveille les pires accusations de condescendance et de néocolonialisme.

Sentencieux, essentialiste, le « discours de Dakar » a été reçu comme une insulte par les universitaires qui composaient l’auditoire. Là où ils attendaient les signes de la « rupture » annoncée dans les relations franco-africaines, ils n’ont eu droit qu’à un procès en responsabilité et à une justification de la colonisation.Sept mois plus tard, alors que M. Sarkozy s’apprête à prononcer, en Afrique du Sud, un nouveau discours, sont publiées les « réponses à Sarkozy » d’une vingtaine d’intellectuels africains. L’ennui est que l’ouvrage, plutôt que de développer des ripostes constructives et des analyses opérationnelles, offre un étalage souvent atterrant d’absurdités, d’approximations et de conformisme intellectuel. Comme si seule l’outrance grandiloquente pouvait rétorquer à l’agression pontifiante.

Le pire est atteint dès le premier texte signé de Makhily Gassama, ancien ministre de la culture du Sénégal et coordonnateur de l’ensemble. A le lire, Nicolas Sarkozy n’est rien d’autre que l’héritier de l’Ancien Testament qui, avec la malédiction de Cham – qui fut maudit pour avoir vu la nudité de son père, Noé -, a diffusé le mythe du malheur des Noirs. L’esclavage des Hébreux sous les Egyptiens – un peuple de Noirs – serait à l’origine de ce bannissement. L’auteur reprend ainsi des thèmes chers aux groupuscules africains antisémites. Le texte atteint le délire en dressant un parallèle entre Moïse et… Hitler.

L’esclavage, la colonisation et même la francophonie, « cette honteuse escroquerie planétaire », ne seraient ainsi que des manifestations de ce « piège infernal » tendu aux Africains « depuis l’Arche de Noé », et mis « au service des intérêts occidentaux ». Sur pareil présupposé, comment construire des réponses convaincantes au sous-développement du continent ?

Heureusement, les autres contributions ne reprennent pas ces divagations paranoïaques. Elles témoignent du monceau d’aigreurs accumulées – depuis l’esclavage jusqu’à la « Françafrique » -, et révélées par le discours de M. Sarkozy. Mais aussi de la difficulté des intellectuels à analyser les errements de responsables africains autrement qu’à travers le soutien de la France néocoloniale. Les promesses de M. Sarkozy leur avaient fait espérer une plus grande vigilance démocratique de la part de Paris. La profondeur de la déception est à la hauteur des attentes qui, même sous la hargne, s’expriment avec force.

Mais l’exigence d’un nouveau dialogue franco-africain suppose un préalable auquel le président français n’a pas souscrit. « L’immense majorité des Africains n’attend de la France ni excuse ni repentir. Depuis longtemps, elle a pardonné. Ce que l’Afrique attend, c’est la fin de l’occultation de faits historiques », écrit ainsi Raharimana, écrivain malgache.

L’Afrique est prête à reconnaître « sa part de responsabilité dans son propre malheur » à condition que la France en fasse autant à propos de la colonisation, précise le sociolinguiste Mwatha Musanji Ngalasso. A cet égard, la présentation par le président des échecs actuels du continent comme justifiant a posteriori la colonisation, a joué le rôle d’un chiffon rouge. De même, sa célébration du métissage euro-africain a été perçue comme une hypocrisie dans la bouche du champion des expulsions d’immigrés.

Et il faut toute la hauteur de vue de l’économiste sénégalais Ibrahima Sall pour voir dans la provocation de M. Sarkozy une invitation à « construire une politique de l’universel-concret » que « nulle autre que la France n’est mieux placée (…) pour inspirer ».

France 2// résumé
 

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