La France et la politique des quotas

4 février, 2008

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Lors de ses voeux à la presse, le 8 janvier, le président de la République a réaffirmé sa volonté d’aller « jusqu’au bout d’une politique de quotas ». En fait de « rupture » vers la modernité, ce pas que Nicolas Sarkozy exhorte à franchir irait à rebours du sens de l’histoire, observe Patrick Weil dans son dernier ouvrage, où il revisite le concept d’ »identité nationale » à la lumière du passé.

A deux moments de son histoire, la République a été sur le point de choisir des politiques de préférence ethnique explicite, avant d’y renoncer. En 1945 d’abord, lorsque se met en place pour la première fois une politique cohérente de l’immigration. Certains experts proposent d’adopter un régime de quotas par zone géographique, inspiré du régime alors en vigueur aux Etats-Unis. De Gaulle lui-même soutient cette approche. Mais, au terme d’une longue bataille, que reconstitue Patrick Weil à partir des discours, écrits et décisions des responsables de l’époque, mais aussi des débats internes à l’administration, le général finit par se laisser convaincre qu’un tel choix serait contraire aux valeurs de la Résistance.

Entre 1978 et 1980, Valéry Giscard d’Estaing tentera à son tour une politique de retours forcés visant explicitement des centaines de milliers de résidents en fonction de leur origine – maghrébine, et notamment algérienne. Cette tentative échouera sous la pression des églises, associations et partis de gauche, mais aussi des administrations centrales, des gouvernements étrangers et de deux partis de la majorité présidentielle de l’époque, le RPR et le CDS.

En 1945 comme en 1978, le principe d’égalité a prévalu. « Dans l’histoire de France, le respect de l’égalité entre territoires sous l’Ancien Régime et entre les citoyens devant la loi depuis la Révolution a toujours été au coeur de la construction de la nation », rappelle Patrick Weil. Ce n’est d’ailleurs pas sans raison, insiste-t-il, que ce soit en France que les immigrés s’identifient le mieux à leur pays d’adoption. « A chaque fois que le pays a bafoué ce principe et pratiqué ouvertement des discriminations, celles-ci ont laissé des traces. »

En témoigne le sentiment de non-reconnaissance ou de désaffiliation suscité, chez les juifs comme chez les musulmans d’Algérie, par les discriminations en matière de nationalité pratiquées pour les uns par l’Etat français, pour les autres par la République. Un sentiment qui subsiste chez leurs descendants par-delà les réparations ou la reconnaissance des discriminations subies aujourd’hui dans la vie quotidienne. Et ce d’autant plus que ce sentiment a été ravivé par un « deuxième événement » réactivant leur passé douloureux. Ainsi, les propos tenus par Charles de Gaulle en 1967 après la guerre des Six-Jours ont-ils suscité chez les juifs un sentiment d’abandon ou d’incompréhension ravivant le traumatisme vécu sous Vichy. De même, la réforme du Code de la nationalité en 1993 a-t-elle réveillé chez les musulmans d’Algérie le passé douloureux vécu sous la colonisation.

Face à ces phénomènes, il revient à l’historien d’éclairer les traumatismes collectifs mais aussi, soutient Patrick Weil, au politique de marquer l’attention à ces discriminations ou persécutions collectives dont la France a été l’acteur ou le témoin. Ce n’est là en rien tomber dans la repentance, ni alimenter la « guerre des mémoires », mais « bien au contraire », affirme l’auteur, permettre aux citoyens issus de l’histoire, célébrée ou reconnue, « de mieux se sentir partir prenante de la nation ».

 


LIBERTÉ, ÉGALITÉ, DISCRIMINATIONS. L’ »IDENTITÉ NATIONALE » AU REGARD DE L’HISTOIRE de Patrick Weil. Grasset, 180 pages 

Laetitia Van Eeckhout// Synthèse Sofiane
 

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